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Projet : Inventaire Biospéléologie des carrières franciliennes

Faune troglophile

Contexte historique

C’est à Paris en 1896 que l’un des précurseurs de la biospéléologie en France, Armand Viré, fit construire son propre laboratoire souterrain au jardin des plantes du M.N.H.N., dans le but d’étudier les espèces cavernicoles et leur adaptabilité à cet environnement. Entre 1894 et 1929 il est directeur du laboratoire de biologie souterraine à l’Ecole des Hautes Etudes à Paris. Naturalistes passionnés des souterrains, Armand Viré et Jacques Maheu, partaient pinces et lanternes à la main, pour récolter des spécimens des carrières souterraines, l’un spécialisé dans les insectes, l’autre dans la flore. Armand Viré demanda l’autorisation à l’Inspection Générale des Carrières de circuler librement dans tout le réseau des catacombes de Paris.

Jusqu’à maintenant assez peu d’études ont été menées sur la faune souterraine des carrières de Paris. Il y a eu une brève étude de Jeannel sur les catacombes de Paris et Bicêtre, (1903-1907) et une étude de J. Balazuc, E. Dresco, H. Henrot, et J. Nègre (1943-1948) publiée dans le bulletin du laboratoire Arago. Il existe également des articles scientifiques s’intéressant aux quelques espèces récoltées d’une spécialité donnée. Il n’y a pas d’inventaire récent, il serait donc intéressant de le remettre à jour et de le compléter, car il peut encore l’être. Nous avons retrouvé quelques espèces dont Viré parlait, et non trouvé postérieurement, et d’autres espèces non inventoriées encore dans ces lieux. Nous consultons des spécialistes du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris pour les identifications.

Terrain d’étude

Les carrières d’Ile-de-France sont des anciennes exploitations de calcaire, craie et gypse. Ces cavités artificielles croisent parfois des micro-karsts, réseaux de fissures et d’eaux souterraines qui représentent desfenêtres d’observation de la vie du sous-sol antérieure à l’exploitation de la carrière.

Certains espaces ont parfois été réinvestis pour d’autres utilisations : abri de défense passive, laboratoire, culture de champignons. Ces activités, au-delà du fait qu’elles ont pu introduire des espèces de l’extérieur, ont également apporté la présence de bois, pour faire des coffrages, aménagements, consolidations qui, en pourrissant à cause de l’humidité, génèrent de la matière organique, base de la chaîne alimentaire. Ces appâts attirent la vie des interstices vers les galeries de carrières et nous permettent de les observer.

Données connues

Nous voulons produire et diffuser des clefs d’identification actualisées sur la base de l’inventaire déjà établi et un recueil des articles scientifiques parus sur le sujet. Nous aurons également la documentation pour identifier des espèces encore non inventoriées dans les carrières d’Ile-de-France. Des spécialistes du Muséum nous accompagnerons pour nous aider à trier et identifier les espèces.

Nous avons déjà commencé depuis 2016 la récolte d’échantillons dans 18 cavités différentes, 135 taxons ont été identifiés.  Tous ne sont pas encore été identifiés à l’espèce mais nous sommes en contact avec des spécialistes qui nous aident à y parvenir. Il existe encore beaucoup de carrières souterraines non prospectées. Nous organisons des stages ouverts au public pour sensibiliser à cette faune cachée.

Stage 2018 : Un stage a déjà été organisé en 2018 sur nos fonds propres aillant accueilli 14 stagiaires et 2 conférenciers naturalistes. Vous pouvez consulter le compte rendu illustré à cette adresse : http://ktakafka.free.fr/speleo/biospel2018.htm

Stage 2020 : 12-13 septembre 2020, il reste encore des places !

Liste des cavités artificielles

En Ile-de-France, les carrières sont soit sous la juridiction de l’Inspection générale des carrières de Paris et de Versailles, sous le domaine public, et gérés par des particuliers sous le domaine privé. Toutes ne sont pas accessibles de plein pieds par cavage. Il y a des accès par escalier, et puits à échelon. Nous sommes spéléologues fédérés à la FFS, formés et assurés pour ce genre d’exploration. Nous demandons les autorisations nécessaires aux administrations ou aux propriétaires.


Stage de découverte de la biodiversité souterraine dans le cadre des formations officielles de la FFS

Nous proposons des cours / travaux pratiques en salle (nous avons une salle à disposition à la maison des sports du comité départemental de spéléologie du 94). Nous proposons à des spécialistes des taxons présents dans le sol ou le sous-sol de venir faire des petits cours-conférence, et nous trions ensuite sous binoculaire les échantillons, à l’aide de clefs de détermination simplifiée. Ce premier tri sera ensuite précisé par nous même à postériori et identifié à l’espèce avec l’aide des spécialistes. Les échantillons seront ensuite légués aux collections du muséum ou utiliser pour le séquençage du gène COI et l’établissement du barecoding.

Matériels de prélèvement

Barre coding

L’objectif est de mettre en place un protocole de séquence des échantillons les plus délicats à identifier (collemboles, acariens, diploures, petits myriapodes, pseudoscorpions), en couplant les identifications taxonomiques des spécialistes du muséum avec une publication de la séquence de gènes de ménage (exemple : COI), ainsi que mettre en forme des petites analyses de phylogénétique et génétique des populations en vue d’une publication scientifique. Cela permettrait ultérieurement à la communauté naturaliste de faire une identification moléculaire de ces espèces en comparant avec les séquences publiées.

Le laboratoire de terrain Bentolab nous permettra de faire une initiation à la biologie moléculaire, qui permet par exemple d’identifier une espèce à partir de son ADN (en comparant les résultats avec ceux d’une banque de données publique sur internet).

Bentolab : thermocycleur / centrifugeuse / Cuve électrophorèse

Diffusion des données, communication scientifique et vulgarisation

Les données de l’invertaire biospéléologique feront l’objet d’un rapport détaillé et seront incrémentés dans la base de données Cardobs. Mais elles seront aussi publiées sur un site web accessible à tous (http://ktakafka.free.fr). En complément, des communications (orale ou poster) lors de colloques naturalistes pourront être réalisées lorsque les résultats seront jugés pertinent (e.g. Ferrand et al. 2019 – Land snails from the catacombs of Paris : Original insights from an unexplored subterranean fauna. Molluscan Forum, Londres).

La revue Spelunca gérée par la FFS permettra également de publier les résultats thématiques de ce projet. (e.g. Spelunca n°157 : Myriapodes chilopodes et diplopodes des souterrains de Paris et de sa proche banlieue, Geoffroy & Ferrand 2020)

A l’issue de ce projet, une conférence aura pour objectif de présenter au grand public les enjeux de ce projet et les données obtenues comme fait précédemment (e.g : Biospéléologie des carrières de Paris, 2018 Conférence au spéléo club de Paris)